Le Kirghizistan et les jeux mondiaux nomades : un outil d’influence ?

Les Jeux mondiaux nomades permettent au Kirghizistan de promouvoir sa culture et de diversifier ses partenariats internationaux.

par Sébastien GOULARD

Se sont déroulés du 29 août au 6 septembre, au Kirghizistan, les sixièmes jeux mondiaux nomades. Cette compétition sportive organisée tous les deux ans depuis 2014 permet de mettre en avant la culture des peuples nomades, et notamment des peuples d’Asie centrale. Cette édition a été particulièrement médiatisée du fait de la tenue en parallèle du 26e sommet de l’Organisation de sécurité de Shanghai au Kirghizistan. Des chefs d’Etat du monde entier étaient alors présents dans la capitale Bichkek.

Une compétition ouverte sur le monde

La création des jeux mondiaux nomades en 2014 avait reçu un soutien particulièrement vif du Président du Kirghizistan Almazbek Atambaev qui avait perçu dans cette manifestation un outil pour faire connaître son pays au reste du monde. Quatre des six éditions des jeux mondiaux nomades se sont déroulées au Kirghizistan.

Cette manifestation a réuni des athlètes venant de plus de cent pays évoluant dans une quarantaine de disciplines différentes. Cela a été l’occasion de découvrir l’Ordo, un sport de précision se jouant avec des osselets, ou encore le jeu équestre du Kok-Boru ainsi que différents types de luttes traditionnelles. Pour cette édition, le Kirghizistan a remporté le plus de médailles, suivi du Kazakhstan et de la Russie.

Un développement du tourisme

Contrairement à ses voisins, le Kirghizistan ne possède pas de réserves d’hydrocarbures et tente donc de développer son secteur touristique pour assurer son développement économique. Il mise sur un tourisme authentique porté par ses paysages et sa culture. En 2025, près de 5,3 millions de visiteurs étrangers se sont rendus au Kirghizistan notamment pour y pratiquer de la randonnée et découvrir ses traditions nomades. Le Président Sady Japarov souhaiterait coopérer avec ses voisins pour proposer un visa unique pour les visiteurs souhaitant se rendre en Asie centrale.

Un retour aux traditions locales après la colonisation russe

Cet évènement, mettant en valeur la culture traditionnelle du Kirghizistan, permet à Bichkek de développer de nouveaux partenariats. On assiste depuis quelques années à une affirmation des cultures locales en Asie centrale face à l’héritage culturel russe. Cette « décolonisation » semble s’être amplifiée depuis l’agression russe en Ukraine. Au Kazakhstan, le Président Kassym-Jomart Tokaïev mène une politique de renaissance de l’héritage culturel kazakh, et cela passe par une place moins importante donnée à la langue russe au profit du kazakh. La nouvelle constitution en vigueur depuis juillet 2026 fait du russe une langue placée « aux côtés » du kazakh et non à égalité avec lui. L’abandon du cyrillique pour l’alphabet latin par le Kazakhstan est un point de tension avec Moscou. En Ouzbékistan aussi, la question linguistique reste bien présente et une partie de la population souhaite renforcer l’usage de l’ouzbek au détriment du russe.

Le Kirghizistan n’est pas allé aussi loin que ses voisins dans la dérussification du pays, le Russe demeure la seconde langue officielle avec le Kirghiz qui continue d’être écrit en alphabet cyrillique (même si la question reste débattue). L’agression de l’Ukraine par la Russie a causé l’arrivée de très nombreux jeunes Russes  souhaitant échapper à la guerre au Kirghizistan, ce qui ne va pas sans poser de problème ; le gouvernement kirghiz a récemment décidé de mieux contrôler et restreindre la présence de citoyens russes sur son sol. Comme le note la chercheuse Bakyt Dzhenyshpekova, on assiste aussi au Kirghizistan à une remise en question de l’usage de la langue russe dans la sphère publique. La mise en avant du patrimoine culturel nomade renforce cette décolonisation et permet aux habitants d’appréhender leur histoire.     

A travers l’organisation des 6e Jeux mondiaux nomades, le Kirghizistan renforce aussi ses relations avec d’autres partenaires notamment les Etats qui partagent avec lui des langues de la famille turcique. Le Kirghizistan est l’un des membres fondateurs de l’Organisation des Etats turciques née en 2009 qui a pour objectif de promouvoir le développement et la coopération entre ses membres. Cette organisation, dont le dernier sommet informel s’est déroulé en mai 2026 au Kazakhstan, propose de nouvelles pistes de coopération, notamment dans la logistique, la connectivité ou encore l’intelligence artificielle (un sujet évoqué lors du dernier sommet). Ce format est l’occasion pour le Kirghizistan de diversifier ses partenariats et de proposer une politique de développement en accord avec la culture de son peuple.

Sébastien GOULARD

Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.

Il est également le fondateur de Diplomarty.

Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.

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