par Sébastien GOULARD
Dans la nuit du 14 au 15 juin, la cathédrale de la Dormition du complexe de la Laure des grottes de Kyiv a été la cible d’une attaque russe qui a entrainé un incendie dans ce célèbre site du patrimoine religieux ukrainien. Durant la même nuit, onze personnes ont perdu la vie suite à des frappes russes sur l’Ukraine.
Comme à chaque attaque problématique, Moscou a nié sa responsabilité et a tenté une explication qui ne convainc pas : celle d’un missile américain Patriot de la défense antiaérienne ukrainienne. Ce n’est pourtant pas la première fois que ce site religieux est pris pour cible par l’armée russe, puisqu’en janvier dernier des missiles russes avaient déjà touché ce complexe.
Le monastère de la Laure des grottes de Kyiv
Il s’agit d’un site majeur du monde orthodoxe. Fondé au 9e siècle par des moines venus du Mont Athos, le monastère permet favorise le rayonnement de la religion orthodoxe sur les territoires actuels d’Ukraine et de Russie. Ce monastère est très lié à la répression menée par le régime soviétique contre les fidèles orthodoxe. C’est ici, en janvier 1918 qu’est fusillé Vladimir Bogoyavlensky, métropolite de Kyiv, par l’armée Rouge. En 1992, Vladimir est canonisé par l’Eglise orthodoxe russe. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la cathédrale est détruite par les forces soviétiques (qui accusent les Nazis). Sa destruction se poursuit dans les années 1860. Il faudra attendre l’an 2000, pour que la cathédrale de la Dormition ouvre à nouveau ses portes. La cathédrale de la Dormition représente la résilience de l’Ukraine, et nul doute que demain ce site culturel et historique sera reconstruit. En s’attaquant à ce symbole de la religion orthodoxe, la Russie met à mal sa volonté de se projeter comme protecteur de cette religion, au contraire, elle renoue avec son passé soviétique.
Les réactions de l’Eglise orthodoxe
Ce n’est pas la première fois que le régime de Poutine attaque des sites culturels. L’UNESCO a ainsi dressé la liste de tous les sites ayant été endommagés suite à la guerre d’invasion mené par Moscou sur le territoire ukrainien. En juin 2026, 536 sites figuraient sur cette liste, dont plus d’un quart de sites religieux, un constat qui met à mal le discours de protecteur de la religion orthodoxe que prétend incarné l’envahisseur russe. Ces attaques ont pour objectif du côté russe de miner le moral des Ukrainiens et d’effacer la mémoire culturelle de l’Ukraine. Mais une conséquence de ces attaques pourrait être la remise en cause du leadership russe sur la religion orthodoxe. Ainsi, l’archevêque de Roussé en Bulgarie a condamné ces attaques, tout comme Bartholomé 1er, l’archevêque de Constantinople. L’Eglise roumaine orthodoxe a qualité cette attaque de perte pour l’ensemble de la Chrétienté.
En Ukraine, les réactions des autorités religieuses se sont faites plus dures encore. Le métropolite Épiphane de Kyiv et de toute l’Ukraine, primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine, a qualifié cette attaque de « crime russe contre l’humanité, contre l’histoire, contre le christianisme ». Ces attaques poussent les fidèles orthodoxes d’Ukraine de se détacher encore plus de leurs liens avec la Russie qjui avaient été déjà bien entamés suite à l’interdiction de l’Église orthodoxe ukrainienne (patriarcat de Moscou), l’une des trois Eglises orthodoxe d’Ukraine en 2024.
En Russie même, on a du mal à défendre cette attaque. L’Eglise orthodoxe russe minimise les dégâts ou soutient la version avancée par Moscou.
L’ensemble de la communauté internationale que ce soit à Bruxelles ou à Paris dénonce une attaque barbare (dixit Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères) et la qualifie de crime de guerre (Kaja Kalla, haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité)
Un crime de guerre
La Russie comme l’Ukraine sont signataire de la Convention de la Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé qui décrit les interdictions et obligations que doivent observer les Etats signataires en temps de guerre. L’attaque de la cathédrale de la Dormition fait partie des nombreux crimes de nature culturelle commis par la Russie durant le conflit actuel. En plus de détruire de sites du patrimoine ukrainien, Moscou a organisé un pillage systématique de biens culturels dans les régions occupées par la Russie.
C’est aussi un crime contre l’histoire religieuse orthodoxe, qui pèsera demain sur l’héritage que laissera le Président Poutine, qui rejoindra l’Armée rouge et la Horde d’Or qui avaient elles aussi incendié le monastère de la Laure des grottes de Kyiv.
Sébastien GOULARD
Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.
Il est également le fondateur de Diplomarty.
Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.





