par Sébastien GOULARD
Pour sa dernière tournée africaine, en mai 2026, le Président français Emmanuel Macron s’est rendu en Egypte, au Kenya et en Ethiopie. Cela a été l’occasion pour la France de promouvoir une stratégie plus équilibrée de partenariats avec l’Afrique.
L’Université Senghor
Durant sa visite en Egypte, le Président français, en compagnie de son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, a inauguré le nouveau campus de l’Université Senghor, près d’Alexandrie. Cette institution universitaire qui a ouvert ses portes en 1990 a pour ambition de former des étudiants africains francophones pour le développement de l’Afrique.
Il s’agit d’un outil de la Francophonie. Ces membres fondateurs sont la France, le Canada, la Suisse, la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Québec et l’Egypte, pays hôte de l’université. Cette université est nommée en hommage Lépold Sédar Senghor, homme de lettre et premier Président de la république du Sénégal (1960-1980).
Lors de cette inauguration, le Président français a annoncé que le nombre d’étudiants devrait atteindre 500 chaque année. La priorité est donnée à la formation de cadres africains pour les différentes organisations internationales et régionales. Le gouvernement égyptien soutient pleinement cette initiative, et a cœur de de renforcer l’attractivité de cette université.
Au service des ambitions égyptiennes
L’Egypte est membre de l’Organisation internationale de la Francophonie depuis 1983. Si la langue française n’y a pas de statut particulier, elle a pendant longtemps, y compris durant le protectorat britannique, été la langue des élites. On estime le nombre de Francophones réels à environ 50 000 et les Francophones occasionnels à 3 millions (environ 3% de la population totale). La langue française est aussi enseignée dans certaines écoles et lycées. Le maintien de l’enseignement de la langue française est aussi le résultat d’une volonté politique. Le rôle de Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU de 1992 à 1996, puis secrétaire général de la Francophonie de 1997 à 2002, n’est pas à sous-estimer. En effet, ce diplomate d’exception, qui a étudié en France, est resté très attaché à la langue française, et a œuvré pour la paix dans le monde. L’Egypte a ainsi poussé pour l’utilisation du français dans les traités internationaux au Moyen-Orient pour contrebalancer l’influence de l’anglais, une langue considérée comme moins « neutre » en raison de la position américaine dans les différents conflits au Moyen-Orient.
Aujourd’hui, le français reste un instrument non négligeable de la stratégie d’influence de l’Egypte en Afrique et dans le reste du monde, et l’Université Senghor à toute sa place dans cette stratégie.
A l’ONU
Le Caire milite depuis 2005 pour une réforme profonde du Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’inclusion d’au moins deux membres permanents africains avec droits de veto. Cette demande a été rappelé par le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty lors du sommet France-Afrique de Nairobi. L’Afrique est le second continent le plus peuplé après l’Asie et connait un dynamisme démographique, mais sa représentation dans les instances onusiennes, et notamment le Conseil de sécurité est limité.
D’autre part, l’Egypte soutien aussi les déclarations de Bahreïn et de la Ligue arabe pour une meilleure représentation des pays arabes au Conseil de sécurité.
Si l’Egypte désire obtenir un siège permanent au Conseil de sécurit de l’ONU, elle doit renforcer ses relations avec l’ensemble des pays africains, et notamment avec les pays d’Afrique francophone. Le développement de l’Université Senghor pourrait être l’un des outils à promouvoir.
Dans l’économie africaine
Depuis quelques années déjà, l’Egypte connait un développement économique majeur qui se traduit notamment par la construction de nouvelles infrastructures. L’Egypte est aujourd’hui la seconde économie africaine après l’Afrique du Sud. Ses entreprises sont plus actives sur le reste du continent africain, mais les exportations égyptiennes restent concentrées vers ses voisins que sont le Soudan, la Lybie et les pays du Maghreb. On assiste aussi à un essor, notamment des importations de matières premières depuis l’Afrique subsaharienne vers l’Egypte. Le pays pourrait devenir un hub majeur entre les pays d’Afrique centrale, les marchés d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie. Pour développer de nouveaux réseaux, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la langue française peut servir de catalyseur pour les entreprises égyptiennes. Le fait que nouveaux dirigeants africains soient formés en Egypte, à Alexandrie devraient aussi permettre de créer des liens pérennes ente l’Egypte et l’ensemble du continent.
L’inauguration du nouveau campus de l’Université francophone Senghor lors de la tournée africaine du Président français est aussi un message porté par l’Egypte pour renforcer son leadership auprès de l’ensemble du continent africain.
Sebastien GOULARD
Sebastien Goulard is a consultant at Cooperans, a consultancy specializing in international relations.
He is also the founder of Diplomarty.
Sebastien Goulard holds a doctorate in economic and social development from Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (School for Advanced Studies in the Social Sciences), Paris. He has been involved in several European research programs focusing on sustainable urbanization in China.





