Le Centre Pompidou au service de la diplomatie culturelle française

Le développement international du Centre Pompidou illustre l’utilisation de la culture comme outil d’influence diplomatique.

par Sébastien GOULARD

Alors que le site parisien du Centre Pompidou a fermé en septembre dernier pour des travaux de rénovation qui doivent se poursuivre jusqu’en 2030, le musée d’art contemporain multiplie l’ouverture d’antennes en France et à l’étranger, la dernière en date étant celle de Séoul. Ces nouveaux établissements participent au rayonnement culturel de la France, mais ce modèle reste fragile et très dépendant des partenariats locaux.

Des antennes en France pour dynamiser les territoires

Dans un souci de décentralisation, le Centre Pompidou a ouvert une première antenne régionale à Metz dans le Grand-Est en 2010. Cette ouverture a connu un succès puisque cet établissement est aujourd’hui le musée d’arts modernes le plus visité en France hors de région parisienne. Près d’un quart des visiteurs sont étrangers (en provenance principalement d’Allemagne et du Benelux

Fort de ce succès une nouvelle antenne devrait ouvrir en fin d’année au sud de Paris à Massy. Ce site accueillera une partie des collections du musée parisien durant sa rénovation, puis y seront exposés des pièces aujourd’hui en réserves ainsi que des œuvres issues du musée Pablo Picasso. L’un des objectifs est de rendre le sud de la région parisienne plus attractif auprès des visiteurs et d’en faire un pôle culturel majeur.

Des établissements à l’étranger

Les grands musées du monde ont compris l’intérêt d’ouvrir de nouveaux établissements tout autour du monde et ainsi de s’ériger en « marque ». La fondation Solomon R. Guggenheim a été parmi les premières à ouvrir des succursales à l’étranger en mettant en scène ses collections dans des édifices architecturaux audacieux. Après avoir inauguré le musée Guggenheim à New York en 1959, la fondation ouvre un nouveau site « la collection Peggy Guggenheim » à Venise en 1980. Mais c’est à Bilbao, que la fondation crée l’évènement en 1997 avec cet édifice aux lignes audacieuses et qui fera la renommée de la ville espagnole. Depuis face au succès de ces antennes, plusieurs musées prestigieux ont ouvert de nouveaux établissements. Parmi les régions hôtes, on peut citer les pays du Golfe qui ont conclu des partenariats avec de prestigieux musées étrangers. Pour ces derniers, l’aspect financier est important de même que la capacité à attirer de nouveaux visiteurs. Pour des pays comme les Emirats Arabes Unis ou l’Arabie saoudite, la présence d’une antenne d’un célèbre musée participe à la diversification de leur économie. Ainsi depuis 2017, Abou Dhabi accueille une antenne du musée du Louvre qui a reçu 1,4 million de visiteurs en 2024.

Les antennes internationales du Centre Pompidou

Le Centre Pompidou a ainsi ouvert de nouveaux sites de par le monde, tout d’abord en Espagne, à Malaga en 2015. Cet établissement accueille près de 80 pièces dans un site « el Cubo », il a été créé dans le cadre d’un partenariat entre le musée parisien et la ville de Malaga, mais il reste provisoire.

Toujours en Europe, le Centre Pompidou s’est implanté dans la région de Bruxelles-Capitale à travers un partenariat avec la Fondation KANAL, pour ouvrir le musée KANAL-Centre Pompidou à la fin de l’année 2026.

En Chine, le Centre Pompidou a conclu un partenariat avec le West Bund Museum en 2018 pour coopérer avec le musée chinois à travers des prêts d’œuvres, la conception d’expositions, la formation de professionnels et l’exposition d’artistes chinois au musée parisien. Là encore, il s’agit d’un accord temporaire, et non de la création d’un site entièrement dépendant de l’institution française.

La création de ces sites est décidée de manière bilatérale entre les autorités françaises et celles du pays hôte. L’essor des activités du Centre Pompidou à l’étranger dépend donc des relations diplomatiques avec le pays d’accueil. Les nouvelles antennes du Centre Pompidou illustrent ainsi les bonnes relations que la France entretient avec certains pays, mais aussi la volonté des autorités locales d’utiliser la marque « Centre Beaubourg » pour attirer de nouveaux visiteurs.

En 2023, la France et l’Arabie saoudite ont signé un partenariat pour l’ouverture d’une antenne du Centre Pompidou à Al’Ula, une ville au nord-ouest du royaume que les autorités saoudiennes veulent transformer en centre culturel et patrimonial majeur. Une coopération est déjà existante entre le musée parisien et le musée d’art contemporain d’Al’Ula. Cette ouverture intervient dans un cadre plus important encore, celui de l’accord entre la France et l’Arabie saoudite sur le développement d’Al’Ula, et la stratégie « Vision 2030 ». A ainsi été créée l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) en 2018 ; Paris devrait donc être un acteur majeur des ambitions culturelles saoudiennes à Al’Ula.

Au Brésil, un Centre Pompidou devrait ouvrir ses portes en 2027 dans l’Etat du Paraná à Foz do Iguaçu à « la triple frontière » entre le Brésil, l’Argentine et le Paraguay. Il s’agit d’une région déjà touristique grâce aux chutes d’Iguaçu qui attirent près de deux millions de visiteurs chaque année. L’ouverture du musée permettra de diversifier le secteur touristique local et de rallonger la durée des séjours dans la région, comme à Al’Ula. Les expositions organisées dans l’établissement permettront aussi de mettre en lumière des artistes locaux qui feront à leur tour rayonner la culture du Paraná et du Brésil dans le monde entier.

Le Centre Pompidou à Séoul

Enfin, le Centre Pompidou devrait aussi ouvrir une antenne à Séoul dans les tous prochains jours. Le Centre Pompidou Hanwha est le résultat d’une coopération intense initiée en 2016. Comme pour les sites de Malaga et de Shanghai, cet accord de coopération, signé en 2023, sera provisoire. Chaque année, pendant quatre ans, le Centre Pompidou organisera deux expositions majeures sur le site de Séoul, et des échanges auront lieu avec des artistes contemporains sud-coréens.

Est aussi envisagée à horizon 2030 une autre succursale (qui remplacerait alors le site de Séoul) à Busan, la seconde ville du pays, pour accroître sa visibilité internationale.

La Corée du Sud est devenue une destination touristique à la croissance très rapide ; en 2025, près de 19 millions de touristes étrangers ont visité le pays,

Cependant cette coopération est remise en question par certains artistes et une partie du milieu culturel français et sud-coréen en raison du porteur du projet coréen, le chaebol (conglomérat) Hanwha. Ce groupe, qui a des activités dans l’ensemble de l’économie coréenne (de la finance à l’hôtellerie) est l’un des principaux acteurs du secteur de l’armement. Il lui est reproché par des militants propalestiniens de fournir l’armée israélienne en équipements militaires, qui accusent Hanwha d’ « art-washing ».  Cela pourrait entraîner des conséquences sur l’image du musée parisien en France et dans le reste du monde. L’une des difficultés que rencontre le modèle de développement du Centre Pompidou à l’étranger est qu’il s’appuie très fortement sur des partenariats locaux sur lesquels sa capacité d’action est limitée. Cependant dans le cas de son implantation à Séoul, les critiques formulées à l’encontre de la collaboration avec Hanwha montrent surtout la méconnaissance de certains acteurs européens de la structuration de l’économie sud-coréenne et de l’omniprésence des chaebols.

Sébastien GOULARD

Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.

Il est également le fondateur de Diplomarty.

Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.

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