Passeport américain vers le patriotisme ?

Le 250e anniversaire de l’indépendance américaine révèle les tensions autour de l’influence de l’administration Trump sur la culture.

par Sébastien GOULARD

Les Etats-Unis célèbrent cette année le 250e anniversaire de leur déclaration d’indépendance. Pourtant, au pays de la démesure, cet évènement ne semble pas mobiliser outre mesure. Si l’hymne américain a retenti lors des matchs de la coupe du monde de football, cet évènement sportif planétaire n’a pas servi de caisse de résonance à l’anniversaire de l’indépendance américaine, la faute à une politique américaine parfois contestée sous l’administration Trump.     

Passeport vers le patriotisme : 250 ans de diplomatie américaine

L’une des expositions les plus ambitieuses de cet anniversaire, intitulée « Passeport vers le patriotisme : 250 ans de diplomatie américaine » est organisée par le Département d’Etat et se tient au Musée d’Art des Amériques (Art Museum of the Americas) à Washington jusqu’au 18 octobre. Cette exposition réunit les œuvres de 30 artistes contemporains qui témoignent de leur vision des Etats-Unis. Parmi ces artistes, peuvent être cités Sophia Bounou, Lyle Owerko, Barbara Ernst Prey, Kyler Steele ou Katarina Benzova. Tous traduisent dans leur œuvre une Amérique très patriotique et colorée. Malgré la richesse des œuvres exposées, beaucoup de critiques ont été formulées à l’encontre de cette exposition ; la première d’entre elles étant que malgré son titre, le thème de la « diplomatie américaine » ne soit nullement abordé. Pour Christina Cauterucci (Slate), cette exposition est très simpliste, il n’y a aucune remise en cause de l’Amérique, et le message partagé est minimal, basé sur une vision nostalgique des Etats-Unis, et en cela, elle représente bien la politique menée par Donald Trump. Car l’exposition est critiquée pour être très influencée par des proches du Président. Elle n’a pas été supervisée par des curateurs ou historiens, et résulte de la volonté de Donald Trump de présenter une vision plus « joyeuse » de l’histoire américaine. Dans le même temps, le Président américain avait accusé le Smithsonian Institution de présenter une vision trop critique et inexacte des Etats-Unis. Cette polémique a poussé de nombreux observateurs à pointer le manque d’indépendance de l’exposition « Passeport vers le patriotisme »

Une organisation à deux têtes

Ce manque d’enthousiasme et d’ambition autour de cet anniversaire provient possiblement d’un problème de leadership, puisque deux organisations sont chargées de son organisation. Si dans un premier temps, la célébration devait être portée par « America250 », un organisme bipartisan créé par le Congrès, une autre initiative « Freedom 250 » est impliquée dans l’organisation de grands évènements liés à cette célébration. « Freedom250 » est une structure portée par la National Parks Foundation, mais dans les faits, elle est gérée par la Task Force 250 de la Maison Blanche, c’est-à-dire par le Président Trump et ses conseillers.  Le caractère plus politique de cette structure a pu gênér la préparation de certains évènements : des artistes ont annulé leur participation à des concerts, et quelques Etats comme le Vermont ou l’Oregon ont refusé d’y être associés.

Cette concurrence mémorielle a alimenté de nombreux débats dans les médias américains et étrangers. Ainsi le Huffpost mentionne que « America250 » promeut les valeurs américaines alors que « Freedom 250 » a un discours plus centré sur la foi ; est aussi dénoncée la possible opacité du financement de l’initiative portée par la Maison Blanche.  Cependant cette polémique est surtout visible à Washington et dans certains cercles. Dans les nombreuses villes et communautés des Etats-Unis, le 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance a été fêté comme il se devait.  

Quelle réception à l’étranger ?

Cet anniversaire est aussi célébré à l’étranger, notamment à travers le réseau des ambassades américaines. En France, l’Hôtel de Ville de Paris est paré de drapeaux américains, et plusieurs expositions, assez ambitieuses, aux Musée Carnavalet, au Château de Versailles ou encore à La Rochelle, célèbrent, en 2026, 250 ans d’amitié franco-américaine. Ces expositions ont pour but de montrer, que malgré les remous engendrés par l’administration Trump, les relations franco-américaines demeurent fortes et solides.

Mais, à l’étranger, on s’interroge surtout sur l’héritage de la guerre d’indépendance américaine. L’administration Trump est passée par là, et les Etats-Unis font moins rêver. Nous ne sommes plus face à une Amérique conquérante, mais devant un Etat qui a tendance à se replier sur lui-même et dont on comprend moins bien la direction qu’il prend. Les médias étrangers s’interrogent sur les valeurs américaines de la Constitution et sur celles de l’administration Trump. Cet anniversaire semble donc davantage susciter des interrogations sur l’Amérique contemporaine qu’un véritable enthousiasme.

Il semble difficile dans l’Amérique de 2026 de faire de cet anniversaire un moment fédérateur autour duquel l’ensemble des Américains pourraient communier. Les différentes manifestations à l’occasion des 250 ans de l’indépendance américaine témoignent de la complexité de la société américaine actuelle et de la volonté de l’administration Trump de reprendre en main le secteur culturel et le mettre au service de la présidence quitte à l’affadir.   

Sébastien GOULARD

Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.

Il est également le fondateur de Diplomarty.

Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.

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