par Sébastien GOULARD
Lors de sa visite officielle en France au début du mois de septembre, le Président sud-coréen Lee Jae-Myung et son homologue français Emmanuel Macron ont présidé le « Sommet Lumière » à Saint-Paul-de-Vence pour encourager le multilatéralisme et de nouvelles coopérations dans le secteur du cinéma, du gaming et de l’ensemble des arts audiovisuels. A cette occasion, plusieurs initiatives ont été annoncées pour protéger et promouvoir le secteur du cinéma
Le Sommet « Lumière »
Du nom des inventeurs du cinéma, le Sommet Lumière est une nouvelle plateforme qui réunit des Etats et des acteurs du cinéma pour soutenir ce secteur dans la période de crise qu’il traverse : baisse de fréquentation des salles de cinéma, concurrence des plateformes numériques, menaces de l’intelligence artificielle. Il s’agit aussi pour la France de promouvoir l’expertise de ses entreprises dans ce secteur et de renforcer son attractivité auprès des réalisateurs et producteurs du monde entier.
Le fonds « Lumière »
La France et la Corée du Sud se sont aussi engagées à soutenir les industries de l’image, du cinéma, des jeux vidéo et plus globalement de la créativité audiovisuelle à travers un fonds doté d’un milliard d’euros pour les cinq prochaines années. Du côté français, Bpifrance sera en charge de soutenir les bénéficiaires de ce fonds, en les conseillant et en facilitant l’obtention de prêts. L’objectif de ce fonds sera d’encourager la création humaine face à l’intelligence artificielle générative qui pourrait potentiellement transformer le secteur et mener à une crise majeure comme le craint le Président sud-coréen. Pour cela, les créateurs du cinéma français et sud-coréen ont besoin de nouveaux investissements dans l’innovation, mais aussi pour faire émerger de nouveaux acteurs capables de proposer des créations plus ambitieuses.
Ce fonds a aussi pour ambition de mieux défendre l’expérience cinématographique face à la concurrence des plateformes de streaming. Au niveau mondial, depuis la crise du Covid en 2020, le public s’est éloigné des salles de cinéma, leur fréquentation a baissé de près de 40% en cinq ans.
La France et la Corée sont deux puissances cinématographiques majeures avec une offre variée présentant à la fois des films commerciaux et des œuvres plus pointues. Les deux pays sont attachés à la protection de leur industrie cinématographique, qui se traduit par exemple par la mise en place de quotas de films nationaux, soit à la télévision, soit dans les cinémas. On peut ainsi dire que Paris et Séoul défendent tous les deux une certaine exception culturelle qui fait que leur production nationale arrive à se maintenir face aux géants américains du secteur. En 2025, les films nationaux représentaient respectivement 37 et 40% des marchés français et sud-coréens.
L’Alliance « Lumière »
De ce sommet est aussi née l’ « Alliance Lumière », un nouveau réseau qui rassemble aujourd’hui cinquante-quatre institutions publiques chargées du cinéma et de l’audiovisuel, et qui permettra une plus grande coordination internationale pour répondre aux grands enjeux du secteur du cinéma. Face aux géants du numérique et d’Hollywood, la France et la Corée du Sud ont choisi de privilégier le multilatéralisme et ainsi de peser dans la transformation du secteur du cinéma.
Le réseau IRIS
Enfin, lors de ce premier Sommet « Lumière » a aussi été inauguré le programme IRIS (International Resilience Initiative for Independent Screens) qui réunit la France, la Corée du Sud mais aussi le Portugal, la Grèce et le Maroc et qui a pour objectif de soutenir le cinéma indépendant. L’initiative a notamment pour ambition de diffuser plus largement les œuvres du cinéma indépendant dans le monde et ainsi proposer un cinéma, souvent plus exigeant, face aux blockbusters d’Hollywood. Dans un premier temps, cette initiative sera financée par un fonds doté de 30 millions d’euros. Une quarantaine de cinéastes et d’acteurs parmi les plus renommés tels que Martin Scorsese, Sofia Coppola, Costa-Gavras, Denis Villeneuve et Hirokazu Kore-eda, devraient intégrer le Conseil international de l’IRIS et ainsi défendre une certaine idée du cinéma.
Une nouvelle coopération entre la France et la Corée du Sud
Ces différentes initiatives doivent permettre à Paris et Séoul d’assurer leur position de puissances majeures du cinéma et de leur permettre d’attirer de nouveaux investissements. Cette coopération entre la France et la Corée du Sud peut aussi être vue comme une nouvelle illustration de la volonté affichée de ces deux pays de renforcer un certain leadership face aux grandes puissances. La défense d’un cinéma indépendant complète les politiques d’autonomie stratégique voulues par la France et la Corée du Sud, pour renforcer leur soft power dans l’audiovisuel. Cependant au-delà de ces annonces, il faudra s’assurer que ces outils permettent de s’adapter aux bouleversements que connaît le secteur du cinéma.
Ces initiatives et démonstrations d’amitié entre la France et la Corée du Sud pourraient annoncer une relation plus solide entre les deux pays qui cherchent à diversifier leurs partenariats.
Sébastien GOULARD
Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.
Il est également le fondateur de Diplomarty.
Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.





