par Sébastien GOULARD
Les tensions au Moyen-Orient ont des conséquences majeures sur l’ensemble du secteur culturel et artistique et fragilisent les ambitions internationales de l’Arabie saoudite.
Depuis plusieurs années, avec l’adoption de sa stratégie « Vision 2030 », Riyad s’est donné comme objectif de devenir un acteur prépondérant dans le secteur culturel. Cela passe notamment par l’ouverture de nouveaux musées dans les principales villes du pays à la foi pour donner une visibilité plus importante aux cultures et artistes locaux, mais aussi pour soutenir le développement d’un tourisme de qualité.
La stratégie menée par l’Arabie saoudite ne s’arrête pas à la scène domestique, le pays a choisi de conclure des partenariats avec des institutions prestigieuses du monde entier pour accroître son soft power. Malheureusement, les tensions dans le golfe persique marquent un arrêt, temporaire, à cette tendance. En effet, fin avril 2026, a été annoncé la fin du partenariat conclu entre l’Arabie saoudite et le Metropolitan Opera de New York. Cet accord devait permettre à l’institution new-yorkaise de recevoir près de deux-cents millions de dollars sur plusieurs années. En échange, le Metropolitan devait assurer plusieurs représentations dans le royaume et ainsi participer à l’émergence de l’opéra en Arabie saoudite. Mais aujourd’hui, Riyad est confronté à plusieurs défis qui ralentissent le déroulé de sa stratégie culturelle.
Tout d’abord, l’Arabie saoudite doit revoir à la baisse ses exportations de pétrole vers ses clients les plus importants comme la Chine et l’Inde, tant que la navigation par le détroit d’Ormuz n’est pas sécurisée. Ryad a déjà développé une alternative à travers ses terminaux pétroliers sur la mer Rouge, mais ils n’ont pas les capacités pour remplacer les flux qui passaient précédemment par le golfe persique. En mars 2026, la production de pétrole saoudien aurait diminué de 20%. Paradoxalement, la hausse des cours du pétrole inquiète les autorités saoudites car elle pourrait entrainer un tassement de la demande mondiale.
Dans ce contexte d’incertitude budgétaire, le royaume préfère se concentrer sur ces fondamentaux, et attendre la fin de la crise pour relancer ses partenariats culturels internationaux. Ainsi, l’Arabie saoudite pourrait aussi se désengager du financement de la LIV Golf, un circuit professionnel de golf masculin lancé en 2021.
Le retrait de cet accord avec le Metropolitan Opera, peut aussi être vu comme un subtil message à la communauté internationale, notamment à l’intelligentsia occidentale, de poursuivre sa mobilisation pour trouver une solution à la crise au Moyen-Orient. Pour les acteurs culturels occidentaux, qui sont de plus en plus fréquemment dépendants de financements privés, la mise en parenthèse de partenariats financiers avec l’Arabie saoudite, mais aussi avec les Emirats, est un vrai défi. L’Arabie saoudite veut montrer qu’elle est incontournable dans le secteur artistique et culturel.
Ce ne sont pas que les partenariats internationaux qui sont visés par l’ajustement opéré par Riyad. Plusieurs manifestations domestiques ont aussi été reportées. Les tensions avec l’Iran ont des conséquences sur le tourisme mondial, et le Moyen-Orient souffre aujourd’hui d’une mauvaise image qui peine à attirer les visiteurs les plus fortunés. Ce désintérêt pousse l’Arabie Saoudite à retarder la préparation de ses grands évènements culturels.
Cependant, nul doute que les ambitions de l’Arabie Saoudite restent les mêmes, et que la diversification de son économie reste un pilier majeur. D’autre part, Riyad, qui se veut être une puissance mondiale, continuera à investir dans son secteur culturel pour affirmer son soft power. La fin du financement du Metropolitan Opera n’est qu’un incident dans cette stratégie à long terme.
Sébastien GOULARD
Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.
Il est également le fondateur de Diplomarty.
Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.





