par Sébastien GOULARD
Alors que le Royaume-Uni s’interroge sur un resserrement de ses relations avec l’Union européenne, qui pourrait aller jusqu’à une réintégration, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré que la question du retour en Grèce des frises du Parthénon, actuellement exposées au British Museum, devrait être intégrée aux négociations sur une éventuelle réadmission du Royaume-Uni dans l’UE.
Une crise séculaire
Fin septembre, le Premier ministre britannique Andy Burnham a déclaré que le retour de son pays dans l’Union européenne (Breturn) était une option à considérer s’agissant de l’avenir des relations entre Londres et Bruxelles. Même si un référendum sur le sujet n’était pas à l’ordre du jour pour l’instant, le Parti travailliste pourrait le proposer dans un prochain programme. Cette annonce a été accueillie avec enthousiasme par plusieurs dirigeants européens dont le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez qui ont encouragé le peuple britannique à saisir cette opportunité. Mais pour le Premier ministre grec, il faudra tout d’abord que le Royaume-Uni restitue les frises du Parthénon.
Ce n’est pas la première fois que la Grèce demande cette restitution : ce dossier empoisonne les relations entre Athènes et Londres depuis deux siècles. En 1801, l’ambassadeur britannique à Constantinople, Lord Elgin, a fait main basse sur les frises du Parthénon, sous prétexte de mieux comprendre l’Antiquité grecque. Mais dès l’indépendance de la Grèce en 1832, le nouveau royaume a cherché à racheter ces œuvres à la Grande-Bretagne, sans aucun résultat.
En Angleterre aussi, des voix se sont fait entendre pour dénoncer ce pillage. Dès 1812, Lord Byron qualifiait Lord Elgin de vandale.
Le musée de l’Acropole, ouvert en 2009, est destiné à abriter les frises du Parthénon, et Athènes insiste pour que ces œuvres lui soient rendues. En 2022, des négociations avaient été relancées entre Londres et Athènes pour trouver une issue à cette crise diplomatique, mais des déclarations de part et d’autre, ont mis fin au dialogue. Pour Londres, ces sculptures, exposées depuis 1802, font maintenant partie du patrimoine britannique, ce qui est évidemment contesté par la Grèce.
Menace sur le Breturn
Même s’il semblerait que la société britannique soit prête à rejoindre de nouveau l’Union européenne, avec 50 % d’opinions favorables à cette proposition contre 28 % d’opinions défavorables, les dirigeants politiques britanniques semblent partagés sur le sujet, plusieurs figures du Parti travailliste, dont des membres du gouvernement d’Andy Burnham, se sont montrés très réservés à l’égard de cette option. Lucy Powell, cheffe adjointe du Parti travailliste, a déclaré en septembre 2026 qu’un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne n’était « ni possible, ni désirable ». Le fait de conditionner la réadmission du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne au retour des frises du Parthénon en Grèce ne pourrait que faire monter le « non » au sein de la société britannique et renforcer les partis anti-européens comme Reform UK. Cette condition serait considérée, avec raison, comme un chantage, et montrerait un Royaume-Uni faible. Nul doute que les partisans du Brexit joueraient sur la fibre nationaliste des Britanniques et présenteraient cette condition comme un affaiblissement de Londres face à Bruxelles et Athènes. Si la présence des frises du Parthénon au British Museum est considérée comme une humiliation pour le peuple grec, l’obligation de restituer ces frises à la Grèce, dans le cadre de négociations européennes serait vécue comme une autre humiliation, cette fois-ci pour le peuple britannique.
La création d’un précédent
D’autre part, cette condition demandée par Athènes pourrait créer un précédent et d’autres Etats européens pourraient se joindre à l’initiative grecques et demander la restitution d’autres œuvres. L’Italie soutiendrait ainsi la demande grecque. Le British Museum abrite des œuvres provenant de nombreux pays européens, certaines de ces œuvres ont pu être acquises de manière problématique aux siècles passés. Il est tout à fait légitime que les Etats européens s’interrogent sur la possible restitution de ces œuvres. Déjà, le British Museum travaille avec des gouvernements et institutions africaines sur la restitution ou le prêt à long terme d’œuvres auparavant exposées à Londres. Si une réflexion similaire doit être menée concernant les frises du Parthénon, cela ne doit pas être fait dans le cadre d’un retour éventuel du Royaume-Uni dans l’Union européenne, au risque de crisper l’ensemble des parties. Le dossier du Breturn est déjà assez complexe pour ne pas l’alourdir.
On peut cependant comprendre que, pour le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis le retour des frises du Parthénon serait plus qu’une victoire politique, ce serait aussi le moyen de rentrer dans l’Histoire et devenir l’homme qui a vengé l’affront.
Une relance des négociations
Au lieu d’une confrontation directe liée à la réintégration du Royaume-Uni dans l’Union européenne, il serait préférable que les Etats européens renforcent leurs politiques de coopération culturelle afin de faciliter les restitutions et les prêts d’œuvres entre les musées, dans un climat apaisé, loin de toutes polémiques politiciennes. On peut aussi souhaiter la reprise des négociations entre Londres et Athènes de manière sincère dans un contexte plus serein.
Sébastien GOULARD
Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.
Il est également le fondateur de Diplomarty.
Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.





