Un canon au centre des relations franco-algériennes

La restitution de « La Consulaire » illustre les tensions franco-algériennes et soulève la question du statut des prises de guerre.

par Sébastien GOULARD

Les relations entre la France et l’Algérie restent compliquées et sont fréquemment instrumentalisées des deux côtés de la Méditerranée. Les questions liées à la colonisation perturbent une possible normalisation de leurs relations. Dans ce contexte, la restitution d’œuvres patrimoniales algériennes revient régulièrement. Dernièrement, en avril 2026, une députée écologique française, Madame Sabrina Sebaihi a déposé une proposition de loi visant la restitution d’un canon appelé « la Consulaire » à l’Algérie. Ce canon, aussi connu sous le nom de « Baba Merzoug » (le père chanceux en arabe) est érigée dans le port de Brest depuis 1833. D’une hauteur de 6,58 mètres, ce canon a été rapporté d’Alger en 1830 lors de l’expédition menée par le général de Bourmont contre la régence d’Alger. Cet épisode qui se termine par la convention franco-algérienne de 1830 et le début de la colonisation française.

Des origines contestées

Mais s’agit-il vraiment d’une œuvre patrimoniale algérienne ? Bien sûr, il s’agit d’une prise de guerre faite par les Français. Cependant l’origine du canon est débattue. Pour certains, il pourrait s’agir d’un canon saisi par Charles Quint à la bataille de Pavie sur François 1er en 1525 et qui aurait par la suite été abandonné en Algérie en 1541. Pour d’autres, le canon a bien été fondu à Alger en 1542.

Mais dans tous les cas, il fait aussi partie de l’histoire de France, puisque son nom « la Consulaire » vient du fait qu’il a servi à exécuter un consul français Jean Le Vacher en 1683 ; il est donc un élément patrimonial français. Cela est renforcé par le fait que le canon a été modifié avec l’ajout d’un coq sur son sommet au 19e siècle pour représenter une victoire française. Si le canon devait être restitué, cet élément devrait-il être modifié ?

Une prise de guerre

Il faut aussi comprendre que « la Consulaire » est une pièce d’artillerie, et donc une arme. Dans la tradition militaire, il est habituel de saisir les armes de l’ennemi, et ses drapeaux et de les exposer. Ainsi, on peut retrouver de nombreuses armes étrangères dans les principaux musées militaire du monde. Un exemple est le musée des armées à Paris où sont exposés d’autres canons provenant d’Algérie, mais aussi des armes prises lors des batailles dans toute l’Europe ou encore en Asie. Exposer des armes prises à l’ennemi est un concept repris par de nombreux pays. Très récemment, la Corée du Nord a inauguré un musée où sont exposés des blindés occidentaux capturés en Ukraine.   

Un travail de mémoire

« La Consulaire » et son éventuelle restitution avaient déjà été évoquées dans le rapport Stora portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, qui recommandait la mise en place d’une commission franco-algérienne d’historien pour en discuter. Au vu de l’importance des enjeux d’établir de bonnes relations entre la France et l’Algérie, la restitution ou non de ce canon semble anecdotique, si elle ne s’inscrit pas dans une démarche plus vaste.

Il est aussi important de mener une réflexion sur les armes prises au combat, et s’interroger si elles rentrent on non dans la catégorie d’œuvres à restituer.

Sebastien GOULARD

Sebastien Goulard is a consultant at Cooperans, a consultancy specializing in international relations. 

He is also the founder of Diplomarty.

Sebastien Goulard holds a doctorate in economic and social development from Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (School for Advanced Studies in the Social Sciences), Paris. He has been involved in several European research programs focusing on sustainable urbanization in China.

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