Le Louvre et la diplomatie culturelle française

Le cambriolage du Louvre en 2025 met en lumière de graves faiblesses de sécurité qui ternissent l’image du musée et celle de la France.

par Sébastien GOULARD

Le récent cambriolage du Louvre en octobre 2025 est un coup dur pour la diplomatie culturelle française et souligne une possible négligence dans le fonctionnement du musée le plus célèbre de France, qui demande une réponse rapide afin de limiter les dégâts en termes d’image.

Le cambriolage

Le 19 octobre 2025, quelques minutes après l’ouverture du Musée, quatre malfaiteurs s’introduisent, grâce à un monte-charge, au premier étage de la galerie d’Apollon et s’attaquent aux vitrines qui renferment les joyaux de la Couronne de France et repartent avec un butin de huit pièces exceptionnelles, dont le diadème de l’impératrice Eugénie comportant pas moins de 2000 diamants. A la fin du mois d’octobre, sept personnes avaient été interpellées, mais les bijoux n’ont jusqu’alors pas été récupérés.  Il s’agit maintenant d’une affaire d’Etat et le Président Emmanuel Macron a affirmé que les joyaux seront retrouvés et que la sécurité du musée serait revue.

L’humiliation ressentie par la France après ce cambriolage est décuplée par le fait que les braqueurs ne semblent pas appartenir au grand banditisme, mais pourraient être des amateurs. Ce n’est pas Arsène Lupin qui a volé les bijoux de la couronne, mais « Doudou Cross Bitume », un adepte du motocross qui postait ses vidéos sur Youtube et Tiktok. L’incident a été reporté par les médias du monde entier et affecte à la fois l’image du Musée du Louvre et de la ville de Paris en général. 

La sécurité des musées

Le Louvre est le musée le plus fréquenté au monde avec près de 8,9 millions de visiteurs. Il devient difficile d’assurer une sécurité optimale face à l’afflux de visiteurs avec des infrastructures anciennes qui pour certaines n’ont pas évolué depuis près de deux cents ans. D’autre part, les grands musées font aussi face à la menace de certains militants écologistes qui veulent alerter l’opinion publique sur la crise climatique en s’attaquant à certaines œuvres. Le Louvre n’a pas échappé à cette nouvelle tendance : en janvier 2024, deux militantes aspergeaient de soupe le plus célèbre des tableaux du Musée : la Joconde, heureusement sans dégât.   

Et les autres défis du Louvre

Malheureusement, le musée parisien souffre de plusieurs maux en plus de la surfréquentation qu’il connait comme de nombreux musée de par le monde. Le musée a connu plusieurs fermetures en raison de mouvements sociaux, -la grève de son personnel- ; une situation très frustrante pour des visiteurs étrangers pour qui la visite au Louvre reste une activité majeure de leur séjour à Paris. Si les salles qui abritent les pièces les plus emblématiques des collections telles que la Joconde ou la Vénus de Milo sont toujours ouvertes au public, il est très fréquent que d’autres salles soient fermées, souvent sans avertissement, ce qui pénalise les visiteurs les plus passionnés, qui ont à cœur d’explorer en profondeur les richesses du musée parisien.

Ces fermetures peuvent être dues à des travaux, des problèmes de sécurité en raison de rénovations qui tardent, mais aussi à cause du manque de personnel ou d’un absentéisme élevé parmi les agents d’accueil, ce qui rend l’expérience de visite moins agréable.

Quelle réponse ?

La pire réponse apportée à ce cambriolage serait de continuer à fermer les yeux et ne pas se remettre en question. Lors de son audition à la commission des affaire cultures, la Présidente-Directrice du Louvre Madame Laurence des Cars, en fonction depuis 2021, dont la démission a été refusée par le Président de la République et la ministre de la Culture Rachida Dati, avait pointé les faiblesses du musée en matière de sécurité, et notamment le manque de caméras. Mais la direction a tout de même affirmé que les vitrines, qui ont pourtant été coupées à la disqueuse par les cambrioleurs, représentaient un progrès par rapport aux anciennes remplacées en 2019. Selon un rapport de la Cour des Comptes, le musée n’avait investi que 3 millions pour la mise en place de son schéma directeur de sûreté pour la période 2018-2024, un montant particulièrement faible. La ministre de la Culture a déclaré qu’il s’agissait bien là d’un échec de la sécurité du Musée.

Pourtant, en janvier 2025, le Président Macron annonçait un plan de rénovation de 700 millions d’euros sur dix ans pour transformer le musée du Louvre en aménageant notamment une entrée et une salle spécifique pour la Joconde. Le Président avait compris l’importance de ce musée dans la stratégie d’influence culturelle de la France, et voulait améliorer l’accueil des visiteurs.  

En réaction à ce vol, a été décidé le déploiement de nouvelles caméras. La quasi-absence de vidéo-surveillance à l’extérieur du musée a été pointe du doigt. Cent nouvelles caméras devraient être installées prochainement, et un poste de police devrait aussi ouvrir ses portes au sein même du musée pour assurer une réactivité plus forte.  

Des moyens au service d’une ambition

Ce cambriolage et les problèmes de sécurité au Louvre ne sont pas une fatalité. Lorsqu’elle s’en donne les moyens, la France réussit répondre aux défis auxquels elle fait face. Ainsi, l’organisation des Jeux Olympiques en 2024 peut être considéré comme un succès malgré les fortes appréhensions qui avaient été formulées concernant la sécurité de l’évènement.     

De même, après le drame de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame en 2019, Paris s’est donné les moyens pour reconstruire l’édifice religieux dans les temps. Le Président Macron avait promis que ce chantier serait achevé en cinq ans et il a tenu parole. Dans le cas de la mise en sécurité du Louvre, et des autres grands musées parisiens, les moyens financiers et humains devront suivre la volonté politique affichée par le Président.  

La question des restitutions

Ce vol pourrait cependant mettre à mal la position de la France dans les différents dossiers de restitutions d’œuvre d’art vers des musées étrangers. Les Etats qui seraient intéressés pour récupérer des pièces aujourd’hui présentes dans les collections du Louvre ou d’autres musées de France, pourraient utiliser ce vol comme prétexte pour accélérer les restitutions en soulignant le manque de sécurité des établissements museaux français, en arguant que les artéfacts ne seraient pas en sécurité dans les musées français.

Sebastien GOULARD

Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.

Il est également le fondateur de Diplomarty.

Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.

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