Le Grand musée égyptien :  et les nouvelles ambitions du Caire

Le Grand musée égyptien, inauguré en 2025 après des décennies de retards, symbolise les ambitions culturelles et touristiques du Caire.

par Sébastien GOULARD 

Le 1er novembre 2025, le Grand musée égyptien a enfin ouvert ses portes aux visiteurs. Il est aujourd’hui le plus grand musée au monde dédié à l’Egypte antique. C’est aussi un outil de promotion et d’influence pour le pouvoir égyptien. La cérémonie d’inauguration a réuni des présidents et chefs d’Etat, des têtes couronnées ainsi que des célébrités venues du monde entier. L’objectif est d’attirer près de 5 millions de visiteurs par an, ce qui classerait le Grand musée égyptien parmi les plus visités au monde.

Une réussite pour le Président al-Sissi

Le Grand musée témoigne des ambitions de l’Egypte : proposer de nouvelles infrastructures tout en capitalisant sur sa grandeur et son héritage. En 2024, l’Egypte était le premier des pays africains en termes de  soft power, grâce à l’impulsion donné par le Président al-Sissi.  L’ouverture du nouveau musée marque ainsi une consécration pour le président égyptien, et permet aussi de renforcer un sentiment de fierté nationale.

Le projet d’un grand musée de l’Antiquité égyptienne n’est pas nouveau. C’est en 1992 que le Président Hosni Moubarak a officiellement le projet de créer le Grand musée égyptien sur le site des pyramides de Gizeh. Mais en raison d’un manque de financement, le projet est retardé. Ce n’est qu’en 2003 que le cabinet irlandais Heneghan Peng est sélectionné après un concours international. Il propose un édifice qui s’inspire très largement des pyramides environnantes. Mais, la construction de cet édifice gigantesque (le bâtiment principal fait plus de 133000 m²) va prendre du temps, beaucoup de temps. En effet, la construction commence en 2005 mais, la crise financière de 2008 retarde les travaux.  Puis en 2011 éclatent les révolutions arabes qui entrainent la chute de Hosni Moubarak, une transition politique se met en place, mais l’économie égyptienne est sévèrement affectée. En 2013, un coup d’état a lieu et le président Mohammed Morsi est destitué par l’armée, le projet de musée est alors retardé. En 2014, une nouvelle constitution entre en vigueur, et est élu le général Abdel Fattah al-Sissi, qui va s’efforcer à stabiliser le pays et lancer une politique de grands travaux. La construction du Grand musée égyptien reprend, pour être stoppée à nouveau en 2020 avec la pandémie du Covid. Une ouverture partielle est annoncée à l’automne 2022, mais ce n’est que le 1er novembre 2025 que l’ensemble du musée est ouvert au public.

Le musée de tous les superlatifs

Le Grand musée égyptien a couté plus de 1,2 milliards d’euros, il s’agit de l’un des musées les plus importants du monde, et notamment d’Afrique et du monde arabe.

Le musée réunit dans le même mieux plus de 50 000 pièces, dont près de 5000 de la collection du roi Toutankhamon. Parmi ces pièces trône la statue de Ramsès II. D’une hauteur de onze mètres, la statue de Ramsès II a ainsi trouvé un écrin depuis lequel les visiteurs peuvent l’admirer. Elle était auparavant exposée dehors près de la gare du Caire et soumise ainsi à la pollution. Le Grand musée doit permettre au Caire de rivaliser avec les nouveaux musées qui ouvrent leurs portes dans la péninsule arabique en 2025. Ainsi, Abou Dhabi accueille deux nouveaux musées à l’architecture audacieuse : le Guggenheim et le musée national Zayed. En Arabie Saoudite, plusieurs musées devraient aussi voir le jours rapidement, notamment le musée de la Mer Rouge à Djeddah.

Mais contrairement à ces nouveaux musées régionaux, plus élitistes, l’antiquité égyptienne bénéficie d’un attrait qui ne se dément pas auprès de de visiteurs de tous les âges, de toutes les cultures et de toutes les classes sociales.    

Un musée au service d’une stratégie

Le gouvernement égyptien espère que le Grand musée pourra rapporter près de 55 millions de dollars chaque années grâce aux admissions. Mais ces revenus ne constituent que la partie immergée de l’iceberg. Les revenus indirects, dans l’hôtellerie, la restauration et le secteur du tourisme dans son ensemble devrait être beaucoup plus élevés. Aujourd’hui, l’Egypte attire plus de 15 millions de visiteurs chaque année, elle est la seconde destination sur le continent africain après le Maroc. Mais, le Premier ministre Moustafa Madbouli a annoncé vouloir doubler ce chiffre à horizon 2030.

Le Grand musée égyptien ferait un écrin magnifique pour des chefs d’œuvre aujourd’hui exposés à l’étranger tels que la pierre de Rosette au British Museum ou le buste de Nefertiti au Neues Museum de Berlin. L’ouverture du Grand musée a relancé les demandes de restitutions du patrimoine égyptien à l’étranger. Pour Mohamed Ismail Khaled, le secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités égyptienne, la pierre de Rosette devrait revenir en Egypte. Avec le Grand musée égyptien, Le Caire prouve au monde entier qu’elle n’a rien à envier aux capitales occidentales et qu’elle a les infrastructures adéquates pour accueillir des pièces majeures de son histoire. Il va devenir de plus en plus difficiles pour les musées européens et américains de ne pas prendre en compte les demandes de restitution égyptiennes.

Le renouveau égyptien

Le Grand musée égyptien n’est pas la seule réalisation entreprise au Caire. L’Egypte est en train de moderniser sa capitale. Un nouveau quartier administratif est en construction à une quarantaine de kilomètres à l’est du Caire. L’aéroport Sphinx International, proche des pyramides de Gizeh et ouvert il y a seulement cinq ans, devrait déjà être agrandi pour accueillir près de 1,2 millions de voyageurs chaque année. De même, l’aéroport du Caire devrait lui aussi être rénové et un quatrième terminal devrait ouvrir ses portes selon un récent plan de 3,5 milliards de dollars.

Enfin tout le système de transport du Caire, la métropole la plus peuplée d’Afrique, connait une mutation majeure avec la construction de nouvelles lignes de métro et l’extension de plusieurs lignes existantes dans les prochaines années.

Malgré les tensions régionales, l’Egypte n’a pas renoncé à ses ambitions et le Grand musée égyptien en est le symbole. Ce nouveau musée est en phase de devenir l’un des outils de la diplomatie culturelle du Caire. 

Sébastien GOULARD

Sébastien Goulard est consultant chez Cooperans, cabinet de conseil spécialisé en relations internationales.

Il est également le fondateur de Diplomarty.

Sébastien Goulard est titulaire d’un doctorat en études de développement régional de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Il a participé à plusieurs programmes de recherche européens axés sur l’urbanisation durable en Chine.

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